Chevrolet Corvette I, l’icône des voitures de sport d’après guerre


Image de chevrolet corvette

1953-1955 : des débuts difficiles et des critiques acerbes A l’achèvement du second conflit mondial, les Etats-Unis sont perçus comme les piliers du Monde Libre. L’euphorie générale avec son retour à la croissance permet de voir émerger des voitures de sport de série. Par bonheur, General Motors ne s’arrête pas à la première impression et soutient sa division Chevrolet quand le premier projet de voiture de sport biplace en fibre de verre est surnommé la «  baignoire en plastique ». Après ce contrecoup de 1953, la Corvette, qui tire son nom français d’un trois mâts léger servant à l’exploration, va faire ses armes sur la route 66 ; sa sportivité et son nouveau look va vite la faire devenir une voiture américaine de légende. A l’origine, Chevrolet est résolu à produire seulement 300 Corvettes jusque la fin de l’année : en 1953, seuls les VIP ont le droit de posséder une Corvette et ce afin de susciter l’intérêt, de montrer et d’accroitre son prestige. Les contraintes d’assemblage de la coque composée en 46 pièces de fibre de verre sont multiples (défauts de moulage, gabarits bois inadaptés) et le travail est résolument manuel. Pour simplifier la tâche, ce cabriolet ne comporte aucun équipement optionnel à part la radio : unique peinture blanche, sellerie rouge clinquante, capote noire et pneumatiques avec bande blanche. Le look  est alléchant avec la calandre chromée, les phares logés dans leur vaste emplacement ; les lignes sont raffinées jusqu’à l’arrière avec les proéminences des feux. Avec une prise main facile, la Corvette dispose d’un moteur six cylindres en ligne de 150 ch., d’une transmission Powerglide à deux rapports automatique. Ses performances sont remarquables pour l’époque, elle atteint presque les 170 km/h. Le tout s’affiche pour au prix exorbitant de 3498 $, largement au dessus du concept primitif et deux fois plus cher qu’une berline de la même marque. La production en exclusivité pour l’élite est la politique Chevrolet. Cependant, elle n’obtient pas l’effet escompté ; si c’est une voiture de rêve pour certains qui vont jusqu’à payer des réservations pour obtenir leur graal, la majorité des éventuel acquéreurs se résout aux sportives anglaises.  Le grand public doit donc se résoudre à patienter jusque 1954 avant de négocier un modèle. Les choses sont alors vues en grand : 10000 unités doivent pouvoir sortir des usines de Saint Louis qui sont quasi identiques à l’année précédente. Les quelques changements sont les 155 chevaux maintenant présents grâce au nouvel arbre à cames, le rangement de la capote et les échappements revisités : revu, recoloré pour le premier, les derniers sont allongés et dirigés vers le dessous pour palier aux effluves sur la coque. Le choix de peinture de carrosserie est dorénavant possible ; s’ajoutent au blanc Polo, le rouge Sportsman et le bleu Pennant qui arbore des sièges couleur bronze. Six modèles noirs sont également au menu en exclusivité. Le prix baisse légèrement à 3254 $ avec les options qui se doivent. Les ventes dépassent légèrement les 2000 unités, loin des espérances. Le marché de la voiture de sport est un microcosme, le prix est d’autant plus un frein, les dirigeants de Général Motors ne sont pas loin de laisser tomber le projet Corvette. L’ingénieur et pilote loisir Duntov rentre alors en fonction dès 1955 afin de remédier à un sort durable pour la Corvette. L’intégration d’un moteur V8 de 195 ch. à 5000 tr/min est une révolution, le V de Chevrolet sur les ailes gagne pour l’occasion un titre de noblesse, il est doré. Les 100 km/h s’atteignent maintenant en moins de 9 secondes, la vitesse de pointe est de 193 km/h. En fin d’année, une transmission par boite de vitesse manuelle à 3 rapports est disponible, une première pour la Corvette. Des coloris cuivre et vert agrémentent la gamme et les finitions sont nettement revues. Malgré toutes ses améliorations, les ventes plafonnent à 700 exemplaires et une ombre plane sur le futur de la voiture.1956-1957 : le volte-face, une popularité grandissante Un des designs les plus jolis dans l’histoire de la voiture américaine sportive, la Corvette de 1956 a tout pour plaire. Les éléments les plus caractéristiques sont les littérales « criques » : ce sont les demi-ellipses entourée d’un chrome partant du passage de roue avant et faisant l’arc sur la portière. Les phares à l’avant prennent leurs positions en façade ; plus en évidence, les yeux de la Corvette sortent de leurs coquilles. Le logo, qui intègre le drapeau à damier entrecroisé avec celui de la Suisse et une fleur de lys, s’étend plus en lumière au dessus de la calandre. L’arrière est radicalement différent, des courbes soignées apparaissent dans un style doux, beaucoup plus en harmonie avec les flancs. Les pneumatiques s’ornent de jantes chromées inédites qui marquent un genre et l’histoire de cette catégorie. Un luxe, des poignées aux portes font enfin leur venue! Une option toit rigide est disponible pour 215 $. La motorisation standard est maintenant le V8 qui développe 210 ch. à 5200 tr/min et des options à 225 et 240 ch. sont possibles. Fini le joujou en plastoc sans options ! La Corvette de 1956 est dédiée à la sportivité, elle fait des prouesses en course automobile ; ses réelles performances dans un corps de rêve s’agrémentent d’équipements des plus divers. Les ventes s’en font ressentir : 3467 unités se sont écoulées. Plus nécessaire de changer l’apparence pour 1957, seules les « criques » sont encore plus flagrantes puisqu’elles se différencient du reste de robe par une couleur disparate si on le désire (20 $ en option). Une avancée technologique, Chevrolet se sert de ses bureaux d’études pour développer l’injection de carburant dans ses moteurs (le fameux Ramjet) : la Corvette bénéficie alors d’une motorisation allant jusque 283 ch. (palette étendue avec 4 autres versions du standard 220 ch., aux deux moteurs de 250 ch. en passant par le 245 ch.). Une transmission par boite de vitesse manuelle à 4 rapports est ajoutée en alternative (env. 190 $), un autre package intéressant pour cette année avec des améliorations de suspension (ressorts plus lourds), de freinage et de direction : il s’agit du RPO 684 à 780 $. Un total de plus de 6300 véhicules produits en 1957 justifié par l’excellence des options de performance à disposition.1958-1959 : Une évolution de look appréciée La création du modèle 1958 permet à la Corvette de gagner en longueur, en largeur et du coup en masse. Les phares avant se dédoublent très joliment, un apport esthétique assuré. Des mesures de sécurité sont prises : premièrement sur l’accroche du pare-chocs qui s’effectue dorénavant sur le cadre avec des grands points d’appui, ensuite les compteurs sont placés dans un champ de vision moins perturbateur (exit les indicateurs au centre du véhicule pourtant esthétiques). Un gain de puissance sur les motorisations : les 5 versions font 230, 245, 250, 270 et 290 chevaux. Cette dernière officialisée à 6200 tr/min donne du fil à retordre internationalement. Pour 4000 $ avec cette option, le rapport performance / prix place la Corvette en haut de l’échelle des voitures de sport ; la bonne publicité des victoires en course boostent les ventes : environ 9000 unités, la croissance est incroyable pendant la récession. Une simple épuration pour le cru 1959 : des chromes superflus sont retirés ci et là, plus d’évents non plus sur le capot. L’habitacle voit ses fauteuils rendus plus confortables, un repositionnement des supports latéraux, des poignées déplacées et un rangement supplémentaire. Quelques options supplémentaires comme les pare-soleil et le freinage avec du métal fritté viennent s’ajouter à la panoplie. Pas d’autres changements, on conserve la puissance moteur de 1958, les ventes restent honorables avec 9670 exemplaires cédés.1960-1962 : la fin d’une première génération qui gagne en notoriété La Corvette de 1960 voit sa renommée s’étendre sur le petit écran. Cautionné par Chevrolet, la série « Route 66 » favorise une publicité confortable pour l’enseigne. L’image de la Corvette est ainsi dopée par deux jeunes qui sillonnent les routes des Etats-Unis à bord du bolide. Outre cette série commerciale, la Chevrolet Corvette bénéficie de performances encore améliorées : la motorisation maximum profite d’une hausse de compression autorisant la libération de 315 chevaux.  L’aluminium dans tous ses états ! Pour la transmission, le  nouvel embrayage dispose de boitiers en alu ; les culasses et le radiateur, tout est en alu. Des options alléchantes sont proposées cette année avec un réservoir plus grand, un aérateur à compensation d’énergie. Disponible en 8 couleurs de carrosserie, la Corvette dépasse  la barre des 10000 unités vendues pour cette année 1960. La promotion continue à la télévision pour la Corvette 1961, « Route66 » s’offre le nouveau modèle pour sa deuxième saison ; les fins observateurs remarquent une poupe redésignée en queue de canard permettant par là-même une augmentation impressionnante de la capacité de rangement (1/5ème de plus). Quatre petits feux  arrière se dessinent magnifiquement ronds. Une crête longitudinale au milieu du coffre traverse le grand écusson Corvette. Les pots d’échappement sont moins mis en évidence, dégageant les dioxydes sous le corps de la voiture. La proue subit également quelques transformations, les yeux se maquillent (lunettes de phares peintes), le nez plus fin nous dévoile une bouche sans dents chromées, la calandre est maintenant grillagée. Corvette en lettres et son insigne s’affichent fièrement au dessus en lieu et place du gros logo. La silhouette de la Chevrolet est mieux finie, la qualité de la fibre de verre étant largement améliorée grâce à la résine. Le poids total de la Chevy est en légère baisse, elle progresse légèrement plus vite et passe en 6 sec du 0 à 100 km/h. pour la 315 ch. Dans l’habitacle moins confiné par le rétrécissement du passage de transmission, l’espace est plus léché : on peut choisir des teintes différentes pour habiller l’intérieur.  La motorisation reste inchangée, la suspension arrière n’évolue toujours pas pour son indépendance cependant la nécessité ne se fait pas ressentir tellement les manœuvres sont aisées. Encore en croissance, les ventes atteignent cette année 11000 unités ; au prix standard de 3934 $, pratiquement toute la clientèle ajoute l’option de transmission manuelle à quatre rapports salant la note à plus de 4100 $. Le cru 62 est optimal, un concentré de ce qui peut se faire de mieux pour cette première génération et donc le plus convoité par les collectionneurs. Ils apprécient la netteté du design et la puissance à son apogée. Tout d’abord les chromes encore existants sont encore un peu plus évincés. Sur le contour des criques, les écopes d’air de ces dernières sont maintenant dotées d’ailettes en alu sur fond noir qui ajoute une finesse inouïe. Le noir ajoute également de la finesse à la calandre. Par perspicacité, l’option en bi-teinte s’arrête pour garder un juste raffinement. Ensuite quand on soulève le capot, on devine la performance : la motorisation est largement revue. Les 4 moteurs possibles renvoient à des puissances décuplées ; de 240 ch. pour le modèle standard, on passe à 300, 340 et 360 chevaux pour les divines options. A 6000 tr/min pour la derrière motorisation, la Corvette est sous la barre des 6 s du 0 à 100km/h et fait des prouesses en courses automobiles. Certes à plus de 4000 $ de base, le charme du roadster séduit quand même plus de 14500 acquéreurs : un bon énorme de 40% de ventes supplémentaires.  La Corvette I  marque neuf années d’une révolution : la première voiture de sport américaine de série avec une conception de carrosserie entièrement en fibre de verre. Les progressions techniques vont au fil des années faire grimper la popularité. Estimées comme le fleuron de la première génération, les Corvettes de 1961 et 1962 sont plus avancées mécaniquement, les performances sont accrues, le look est raffiné et n’arbore pas les tape-à-l’œil pièces chromées. Elles seront en fin de compte une transition incroyable. Si un chemin vers la version Stingray a pointé son museau quand la direction du design a proposé son projet pour les courses, c’est à la deuxième génération qu’on attribuera bientôt le plus de mérite et cette désignation deviendra Sting Ray et perdurera à jamais.