Chevrolet Corvette IV la rescapée d’un panorama automobile morose


Image de chevrolet corvette

1984 : La métamorphose esthétique et structurelle séduit Les réglementations ont raison du modèle 1983 même si les premiers designs ont déjà vu le jour en 1978 ; en effet, les restrictions des nouvelles normes retardent l’anniversaire de la trentième Corvette de l’histoire au grand dam des collectionneurs. La nouvelle usine de Bowling Green ne produit donc l’entière refonte du requin qu’à partir du début de l’année 1984 et réjouit finalement les impétueux qui attendent si impatiemment le nouveau modèle. Entre la concurrence acharnée (européenne et japonaise) et l’inflation, la Corvette quatrième génération se doit d’une qualité irréprochable et les craintes pour perpétuer la légende sont ressenties. Entièrement repensée, Chevrolet s’arme de patience en soufflerie pour adapter les carénages en fibre de verre de la future Corvette au meilleur aérodynamisme possible. La plate-forme est reconfigurée intégralement ;  plus rigide, l’ossature en acier s’unit au différentiel éliminant par là-même les traverses. Renforçant encore la rigidité, un cerceau s’inscrit du toit à l’arrière de la cabine formant une sorte de cage d’oiseau. Loin du look requin, la quatrième génération de Corvette garde une silhouette racée malgré les affres du style des années 80 qui ont ravagé l’horizon automobile. Sauvegardant l’esprit sportif, elle se raccourcit et s’élargit. Elle possède maintenant une fine bande centrale qui fait le périmètre intégral de la voiture, cela façonne une belle harmonie entre les parties latérales et les pare-chocs. Repris de la Porsche Targa, le toit est constitué d’un panneau amovible unique qui se replie dans le haut du coffre (exit la barre en T). En ouverture, le capot qui intègre une partie supérieure des ailes, s’élève vers le museau pratiquement à angle droit. La motorisation V8, alors apparente, est conservée ; de 5,7 L, elle gagne tout de même 5 chevaux (205ch. à 4300 tr/min) grâce à l’injection directe Crossfire. Le moteur est déplacé d’un soupçon vers l’arrière pour optimiser l’équilibre. Outre ce dernier, mécaniquement, les améliorations sont denses. Les ingénieurs révolutionnent la structure arrière en un schéma à 5 bras et changent la suspension : barre stabilisatrice et ressort à lames sont calibrés pour offrir une tenue de route parfaite. Cette dernière tient aussi de la direction à crémaillère que Général Motors développe depuis peu. L’échappement revoit son système, il est réorienté sous l’arbre de transmission. L’œuvre comporte également une amélioration notable de la maniabilité. L’aluminium remplace l’acier et les chromes sur de nombreuses pièces, le plastique se développe aussi, le tout allégeant ainsi le véhicule (-113 kg / modèle 82). Dans l’habitacle plus spacieux, la position un peu surélevé des sièges avec un meilleur dégagement pour les jambes procurent une prise en main du véhicule plus évidente. Une impression de navette spatiale se dégage avec le tableau de bord tout électronique de dernière technologie, la console centrale renforce le sentiment. Jamais une voiture de sport n’avait été dotée d’une installation acoustique aussi développée : les 8 baffles confèrent une écoute des plus divertissantes. Le coffre, résolument plus accessible avec l’ouverture type écoutille, permet une plus grande capacité de chargement. Pour un prix standard de 21800 $, la cuvée 1984 de Corvette refondue reçoit le plus chaleureux des accueils. Avec un total de 51547 unités sorties des chaînes de montage, la première année de  cette quatrième génération est un véritable triomphe : c’est le deuxième plus haut score de la saga Corvette.1985-1988 : Le déclin des ventes Après le deuxième choc pétrolier de 1979 qui a bouleversé l’économie américaine, l’année 1985 connait quant à elle la profusion et la surproduction. Les prix à la pompe sont au plus bas, les ingénieurs Chevrolet profitent pour développer une nouvelle injection à multiples artères. Le moteur de la Corvette (5,7 L) bénéficie alors d’une meilleure compression, gagne en puissance et en couple : respectivement 230 chevaux à 4000 tr/min pour 447 Nm. Les autres améliorations mécaniques sont nombreuses comme la suspension qui se perfectionne avec ses barres stabilisatrices plus imposantes et en option des amortisseurs à gaz. On remarquera aussi des essieux plus développés, une meilleure direction et un freinage boosté à l’aide d’un maître-cylindre plus conséquent. Dans l’habitacle, l’instrumentation de la Corvette se révolutionne : le graphisme avec les courbes sont présents pour 1985 et affiche une meilleure lisibilité (pourtant éblouissante).  L’omniprésence de l’électronique est remarquable : l’overdrive de la boite de vitesse, la gestion de la transmission et les fonctionnalités standards numériques. Si le tout confère une évolution certaine, la popularité est loin d’être au rendez-vous expliquant en partie la chute vertigineuse des ventes avec la flambée des tarifs. A 24403 $, 39729 unités sortent de Bowling Green. En 1986, c’est le grand retour du cabriolet après plus d’une décennie d’attente. L’ABS fait son apparition sur la Corvette la classant un peu plus dans l’élite planétaire ; en effet seules quelques voitures luxueuses s’apprêtent à l’époque de ce système antiblocage allemand. Un système de codage antivol s’applique également ; sans clef spécifique, le démarreur se bloque et permet une baisse significative des corvettes dérobées à partir de cette année. Les primes d’assurance se voient même diminuées grâce à ce procédé novateur. Une autre modification réside dans l’échappement qui voit son système catalytique développé avec ses trois convertisseurs. Malgré les améliorations et le coming-back du cab, les ventes chutent : moins de 35000 modèles (seulement 7315 cabs) émanent des chaines de montage. La motorisation en 1987 évolue quelque peu à l’aide de la diminution des frottements : 240 chevaux ruent la Chevrolet et elle gagne un couple de 468 Nm. Une version double turbo Callaway de 345 ch. au prix exorbitant de 20000 $ en sus enchante tout de même 184 clients et en font un modèle d’exception. D’autres options Z51 (rigide) et Z52 (souple) agrémentent également le standard ; elles désignent les suspensions avec amortisseurs spéciaux, les barres antiroulis, les pneumatiques élargies, le radiateur massif et le ventilateur de refroidissement supplémentaire qui contribuent nettement à l’aisance de conduite. Au prix de 28000 $ et 33172 $ pour les respectifs coupés et cabs, le cru Corvette 1987 perd encore l’estime des acheteurs, à peine 30000 unités se vendent. Les 35 bougies de la Corvette sont soufflées en 1988 avec environ 900000 véhicules sortis d’usine. Cinq petits chevaux sont additionnels grâce au travail des ingénieurs qui réadaptent les têtes des cylindres et calibrent différemment l’arbre à cames. Le choix dans la motorisation réside donc dans le moteur inchangé de l’année précédente à 240 ch. et le nouveau 5,7 L qui affiche ses 245 ch. fièrement. La Chevrolet s’enrichit de suspensions corrigées dans leurs géométries, le freinage se dote d’étriers double pistons et le frein à main se coordonne aux disques arrière. Pour profiter d’une maniabilité accrue, l’option des pneus 17 pouces s’impose. Les tarifs grimpent davantage, le coupé à 29489 $ et le cabriolet s’affiche à 34820 $. Si en compétition la C4 continue de tout rafler sur son passage, le public se détourne un peu plus de la Corvette : seulement 22789 modèles vendus qui rappellent la médiocre année 1972.1989-1993 : La naissance du « Roi de la Colline » (King of the Hill) A nostalgic removable hardtop was a new convertible option for the 1989 Corvette. Pour 1989, la Corvette se dote de l’ex-package Z52 en mode standard ; ainsi suspensions, direction, pneumatiques et amortisseurs excellent pour cette cuvée. L’unique motorisation 5,7 L à 245 ch. subsiste. Une inédite boite de vitesse à 6 rapports manuels s’offre sans surplus financier et permet même une économie de carburant. Cette dernière est optimisée via une assistance par ordinateur  qui permet la sélection des vitesses au bon régime. Une option siège en cuir fait son apparition, elle attribue à l’habitacle un style racé. Les ventes repartent à la hausse : 26412 unités produites dont 9749 cabriolets (36785 $) et 69 rares options Callaway à la bagatelle de 25895 $ qui s’ajoute au standard 31545 $. Premier airbag latéral de série en 1990, la C4 se sécurise pour s’accorder à la législation en vigueur. Un nouveau radiateur en pente dessine la calandre plus harmonieusement. Dans l’habitacle, l’instrumentation est reconsidérée : un tachymètre analogique supplante le numérique et se dresse sur le tableau de bord réaménagé, une veilleuse rend compte également de l’état de l’huile et indique son changement nécessaire. La motorisation gagne 5 chevaux supplémentaires passant à 250 ch. Si ces faibles changements ne marquent pas cette année, celle-ci est tout de même un tournant dans l’histoire de Corvette puisque la naissance de la version ZR-1 relègue nettement le Callaway. Pour 27016 $ optionnel, la ZR-1 qui s’est fait attendre (elle devait être introduite sur le marché sur le deuxième semestre 1989) est la Supercar tant rêvée. Après de tardives réceptions, les modèles surnommés « King of the Hill » ravissent 3049 acheteurs fiers de faire vrombir leur nouveau moteur (37 soupapes) développant 375 chevaux. Les ventes globales baissent tout de même à 23646 unités. Le cru 1991 voit  une C4 au museau plus lissé et aminci, tous les feux sont enrobés. Quand le modèle Callaway s’essouffle et vit sa dernière année de production, la ZR-1 suscite de plus en plus l’attention, des précommandes payantes commencent à affluer et ceux qui veulent le bolide en primeur déboursent près de 60000 $. L’excitation première retombe vite au cours de l’année, l’option étant vraiment onéreuse (31683 $ en sus) pour résolument très peu de différence esthétique du modèle de base, même les fans inconditionnels regrettent cet aspect non unique. Le constructeur rétorque que les portes et les ailes arrière sont spécifiques pour accueillir les jantes 11 pouces mais la similitude de l’arrière avec les 4 feux rectangulaires fait fuir nombres potentiels acquéreurs. Seulement 2044 modèles ZR-1 sur un total faiblissant de 20639 unités sont écoulés cette année. En 1992, une véritable concurrente directe prend naissance : la Dodge Viper et son V10 de 400 chevaux déferle avec son design des plus sauvages. Un appel à la puissance, la Corvette revoit dès lors sa motorisation standard qui reçoit 50 chevaux en plus. Pour y parvenir, les modifications sont multiples : entre le taux de compression augmenté, le nouvel arbre à cames, l’injection revisitée, l’échappement à faible restriction, la commande par ordinateur et le refroidissement à flux inverse, la Corvette reçoit tous les agréments au plaisir de conduite. Le premier anti-patinage couplé à l’ABS prend sons service. L’envolée de puissance s’acquiert au détriment du « King of the Hill » qui ne voit que 502 acquéreurs (31683 $ pour 75 chevaux supplémentaires et un emblème sur chaque aile ne sont pas légitimes pour nombreux acheteurs). Le 2 Juillet 1992 est un jour historique puisque la millionième Corvette sort des chaînes de montage mais les ventes sont des plus basses (20479 modèles). Le 40ème anniversaire de la Corvette en 1993 est marqué par une édition spéciale rouge rubis. L’habitacle est assorti à la carrosserie ; les sièges se revêtent de cuir et arborent l’emblème des 40 ans brodé sur l’appui-tête. L’insigne est repris au milieu des roues. Aujourd’hui assez répandu, le système d’entrée sans clef fait à l’époque son effet ; le verrouillage-déverrouillage automatique, une option vite adoptée. Côté mécanique, on voit une nette amélioration du couple qui passe à 461 Nm. Le « King of the Hill » quant à lui gagne 30 chevaux, il développe en tout 405 ch., mais ses ventes ne dépassent pas les 450 unités à contrario de la globalité quand 21590 modèles sont produits allant de 34595 $ pour le coupé et 41195 $ pour le cabriolet. On notera cette année 1993 un modèle dans une robe aérodynamique d’exception réalisé par Greenwood Automotive Performance pour la coquette somme de 179333 $ mais qui promet sous son capot 575 ch. à 5400 tr/min avec l’énorme Big Block de 9,2 L.1994-1996 : Vers toujours plus de maniabilité et de confort  La Chevrolet Corvette de 1994 dispose des mêmes motorisations V8 que l’année précédente à 300 et 405 chevaux. Le moteur standard a tout de même reçu une petite modification d’allumage ; ce dernier, plus vigoureux, permet un démarrage facilité surtout en hiver. L’injection subit également un changement de système, celui-ci séquentiel optimise le répondant de la pédale d’accélération. Du côté esthétique, rien à signaler à part les nouveaux coloris proposés cuivre ou bleu de la carrosserie. Une option de pneumatiques de roulage à plat fait une apparition. Ces Goodyear permettent une économie de carburant (moins de frottements) et de résister en cas de crevaison sur plus de 200 km à 90 km/h, la roue de secours devient inutile ; cependant plus lourds, le confort est atténué et une nuisance sonore se présente. Dans l’habitacle, le cuir s’impose comme standard et un confort se ressent tant par l’espace que par la simplification de l’entrée ou de la sortie du véhicule. Un volant inédit comportant deux branches facilite un peu la conduite. Le plastique des fenêtres est supprimé au profit du verre ; nettement plus adapté, il comprend un système de désembuage. Aux prix de 36185 $ et 42960 $ pour les respectifs coupé et cabriolet, la C4 se vend mieux que l’année précédente et atteint le chiffre de 23330 unités. Le King of the Hill fait le bonheur de seulement 448 fans mais permet toujours autant de prouesses en course. Le programme Chevrolet informe dès 1995 la création d’une cinquième génération de Corvette deux années plus tard. Durant ce lapse de temps, il ne faut pas s’attendre à de grandiloquentes métamorphoses. L’avant dernier cru de C4 prend des ouïes latérales, les finitions intérieures sont quelque peu améliorées en témoin les piqures plus résistantes des coutures et les renforts de tissus. D’un point de vue mécanique, bien que les moteurs soient reconduits, des perfectionnements sont perceptibles : un ventilateur moins bruyant, une meilleure résistance des tiges de raccordement, des vitesses plus douces à passer et une injection encore mieux adaptée. La ZR-1 connaît sa dernière année de production, le prix de l’option et les médiocres ventes ont raison du King of the Hill qui laisse sa trace puisque l’adoption de son freinage devient de série ainsi que l’anti patinage et l’ABS. Les tarifs quelques peu à la hausse s’affichent à 36875 $ pour le coupé et 43665 pour le cab. Les ventes se restreignent, 20742 modèles en tout de Corvette sortent de Bowling Green malgré les critiques toujours aussi favorables. Le dernier modèle de C4 se décline en deux versions spéciales qui sont mises en avant pour palier aux maigres évolutions. L’édition Collectors en premier lieu arbore un coloris argenté type Sebring et des jantes 5 bâtons conçues en alliage (package à 1250 $). Le Grand sport quant à lui reprend une version des années 60 ; plus tape à l’œil, le bleu vif Amiral est séparé par une large bande blanche centrale. Les ailes arrière sont quelque peu modifiées afin d’accueillir de plus larges pneumatiques. Des pointes de rouge vif tranchant sur le noir ou un sobre noir sont les agréments de tapisserie intérieure disponible. Mécaniquement, se tient à disposition en option le futur motopropulseur de la C5 qui développe 330 ch. à 6300 tr/min ; de surcroit, il dispose d’un habillage rouge vif comme les fils d’allumage. Les ventes sont reparties à la hausse grâce aux modèles spéciaux qui ont attirés les acheteurs. 21536 unités sortent finalement des usines pourtant loin de la première cuvée de 1984. Les 70% d’inflation sur la douzaine d’années (de 21800 $ à 37225 $) confortent largement l’équilibre économique de cette branche Chevrolet en défaveur du volume. De la baignoire de plastique à la raffinée voiture de sport très couteuse, le chemin des quatre premières générations de Corvette s’est tracé et fait toujours rêver. La prochaine filiation imposera tout autant l’excellence dans la sportivité ; confort, ergonomie, freinage exceptionnel, maniabilité extrême et démarrage surpuissant seront au rendez-vous.