La Chrysler 300 change de lettre comme de style


Image de chrysler 300

Quand General Motors lance à partir de 1953 le coupé Cadillac Eldorado, on atteint le sommet du luxe à cette époque et les prix flambent grimpant du simple au double par rapport au modèle de série. La Chevrolet Corvette affiche également un surcroit de sportivité pour GM. Chrysler s’engage alors dans la compétition de la magnificence et de la puissance deux années plus tard en sortant de sa chaîne de production la Chrysler C-300 qui en 1955 est l’initiatrice des futures « muscles cars ».

Le budget de Chrysler pour la carrosserie à cette période est faramineux : plus de 100 millions de dollars. Les perspectives offertes aux yeux de tous vont sidérer l’Amérique entière car non seulement l’esthétique est prodigieuse (sellerie cuir, tableau de bord de l’Imperial avec compteur rehaussé pour la vitesse) mais la motorisation hémisphérique qui va devenir légendaire propose en 1955 une capacité de 300 chevaux (5,4 l). Dans le contexte de l’année, il faut avoir les pieds sur terre : presque que le double de la Corvette concurrente. C’est donc logiquement une place en NASCAR qui lui est dédiée : elle est la voiture de stock la plus véloce au monde et presque imbattable sur circuit, les victoires s’enchaînant, 37 au total cette année là et sa suprématie va durer deux ans.

Le coût un peu prohibitif de 4055 dollars en modèle standard lui vaut la médaille d’argent de la Chrysler la plus chère après la Town & Country break : cela a du coup freiner certains acheteurs, ils ne sont qu’au nombre de 1725. En 1956, sa dénomination va commencer une logique plus cohérente et prendre la lettre B puis suivre les années suivantes (C, D,…, L) hormis la lettre I pouvant être considérée pour 1. Cette Chrysler 300-B va prendre en puissance pour dépasser les 350 chevaux avec son Hémi de 5,8 l.

La Chrysler 300 se fait une légende au fil des années et devient littéralement la voiture lettre (Letter Car) de part l’utilisation alphabétique prônant le modèle lui-même. A partir de 1957, l’avant devient remarquablement doté : une calandre trapézoïdale mise en valeur avec le découpage du capot, une double optique aux contours chromés et un pare-choc tel une bouche caricaturée. Le V8 hémisphérique prend toute son ampleur avec ses 6,4 l mais va être retiré en 1959 au profit du Golden Lion ce qui va créer un émoi dans la communauté des fans Chrysler pro Hémi.

1960 marque le grand tournant pour la 300 ; considéré comme le modèle le plus couru par les collectionneurs, cette F a comblé le vide de la motorisation hémisphérique en proposant cette année justement ce gros V8 de 413 ci (environ 6768 cm3) avec la croix RAM. Le look est dévastateur avec ses nageoires arrière pointues, un intérieur des plus confortables comprenant des sièges pivotants. Une rare option (limitée à 15 productions) permet d’inclure un moteur boosté à 400 chevaux (800 dollars à l’époque) mais qui était principalement dévoué pour la compétition ; Greg Ziegler en a d’ailleurs fait la démonstration lors du Flying Mile où il dépasse les 233 km/h allègrement.

La série s’achève en 1965 avec le modèle 300-L, il clôture dix années de performance et d’une manière élégante. S’offrant les deuxièmes meilleures recettes de la série 300, on a du mal à imaginer une fin si brusque mais M n’existera pas. C’est en 1970 que surviendra la renaissance d’une 300 que beaucoup jugent hors série lettre : environ 20000 unités produites en toutes silhouettes confondues (3 portes, 5 portes, cabriolets) comprenant toutes un V8 de 440 ci (7210cm3) à 4 carburateurs. Plus que toute la décennie des véritables 300. Les fins connaisseurs se rappelleront longtemps du modèle original expliquant non sans mal les côtes dépassant 200000 dollars pour une Letter Car restaurée.