Kaiser Darrin, l'impératrice 161 des voitures américaines


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Dès 1942, le magnat de la construction, Henry J Kaiser décide de se lancer dans le secteur automobile. Il s'associe à Joseph W Frazer pour fonder la Kaiser-Frazer Corporation qui devient Kaiser Motors suite au départ de Frazer en 1949. Howard "Dutch" Darrin, concepteur de génie, est débauché en 1952 de chez Packard pour rejoindre à nouveau la direction des ingénieurs au sein de Kaiser (de forts désaccords avec le dirigeant l'ont fait quitté le groupe en 1946). Il travaille deux années obstinément pour engendrer en 1954 la voiture de sport 2 places, élégante et en fibre de verre. L'attribution du nom de la voiture devient tout naturellement Darrin comme son père.

Avec ce brevet d'ouverture de portières déposé déjà en 1946, Darrin applique son procédé sur cette voiture. Les portes viennent coulisser sur des rails à l'intérieur des ailes avant donnant un genre unique et particulièrement spectaculaire même si l'espace d'ouverture est réduit. Le design est d'une proportion quasi parfaite ; les ailes arrière prédominantes plongent vers les portières, les feux à l'autre extrémité sont mis en valeur, le capot est bien étiré depuis la grille particulière en forme d'éventail au pare-brise incurvé. Le renflement du coffre s'ajuste admirablement. Le style Darrin appliqué sur une Kaiser en fibre de verre rend une voiture de sport américaine vraiment merveilleuse.

La place que l'on accorde à la motorisation est restreinte due au budget trop limité. Si au départ le désir d'un V8 puissant doit être développé ou même acheté à Oldsmobile, il est vite délaissé au profit d'un small block. Ce dernier, pourvu de 6 cylindres, est quelque peu dommageable. Les ingénieurs cherchent quand même une amélioration de la version Willys du moteur 161 : la tête F se modifie et le carburateur devient spécifique. Les 2,6 L développe alors 90 chevaux. La Kaiser Darrin détient la numérotation 161 de part cette cylindrée en pouces cubes. En fin d'année après le départ de Kaiser, Darrin prend l'initiative d'une version "supercharged" pour sa voiture : le V8 Cadillac de 304 chevaux s'installe majestueusement sous le capot. La voiture atteint dès lors les 225 km/h, bien mieux que les 156 km/h en standard.

Avec un prix coûteux de 3668 $, la Kaiser Darrin dépasse allègrement les tarifs des divisions luxueuses des Big Three. Avec le Big Block, elle s'affiche encore plus onéreusement : 4350 $. Malgré le manque de compétitivité dans une niche du marché automobile américain, la Kaiser Darrin aurait pu avec son style atteindre des objectifs de vente intéressants. Les éléments disponibles en standard sont plus complets que certaines rivales : pneumatiques à bande blanche, tachymètre, essuies-glace électriques et brises-vent. L'habitacle est bien conçu, la tenue de route et le freinage sont à la hauteur des attentes, la voiture est plaisante en conduite. C'est finalement la difficulté à entrer et sortir du véhicule, le manque de puissance, la faible agilité sur des virages serrés et le chauffage pas assez étudié avec les fenêtres inexistantes qui rebutent les concessionnaires Kaiser à bien promouvoir la Darrin. La production s'arrête en Août 1954 avec moins de 500 véhicules sortis des chaînes de montage, représentant tout de même de bonnes ventes de part ce segment. Il en reste aujourd'hui moins de 300 sur le circuit prisé des collectionneurs. Il faudra débourser plus de 100 000 $ pour une Darrin en état.